Optimisation de la fertilité : impact sur la santé des vaches en lactation dans le cadre du protocole Double Ovsynch

Augusto M. L. Madureira

21 mars 2024

 

La santé des vaches en transition est une condition préalable à l’obtention d’une fertilité élevée dans le cadre d’un protocole Double Ovsynch.

 

Pour obtenir des rendements efficaces, les laiteries modernes doivent avoir des programmes de reproduction qui fonctionnent bien et qui permettent des taux de remplacement suffisants, des rendements laitiers optimaux et un revenu constant tout au long de l’année. La faible fertilité des vaches laitières en lactation représente un défi majeur pour la rentabilité des exploitations laitières. La baisse des performances reproductives a été associée à une diminution des revenus économiques en raison de la baisse du rendement laitier par vache, de la diminution de la production de génisses de remplacement et de l’augmentation du nombre de vaches réformées. Historiquement, une production laitière élevée a été associée à une diminution de la fertilité des vaches laitières en lactation.

Des études récentes montrent que la baisse de la fertilité peut être fortement associée à la santé des vaches en transition. L’utilisation d’un programme Double Ovsynch pourrait augmenter la fertilité même chez les vaches qui ont connu des problèmes de santé pendant la période de transition.

 

Il est important de noter que la baisse de la fertilité peut être due à des facteurs génétiques, car d’autres caractéristiques telles que la production laitière et les traits de conformation ont été privilégiés par rapport à la fertilité dans la sélection des vaches laitières. L’augmentation de la production laitière individuelle a été obtenue en partie grâce à l’amélioration de la gestion et à une sélection génétique intensive. Il a également été démontré que cette augmentation de la production laitière était associée à une diminution des performances reproductives, ce qui préoccupe les agriculteurs et l’industrie laitière.

 

L’interprétation des associations observées entre une production laitière élevée et des performances reproductives médiocres peut nécessiter une évaluation critique, car il s’agit d’une relation complexe. En outre, les pratiques de gestion inappropriées des vaches laitières à forte production peuvent contribuer de manière significative à l’incapacité des vaches laitières à concevoir et à maintenir la gestation, indépendamment de la production laitière.

 

Au cours de la dernière décennie, les progrès des programmes de fertilité ont considérablement amélioré les performances de reproduction dans l’industrie laitière. Ces programmes, illustrés par des protocoles tels que Double Ovsynch pour la première insémination artificielle, ont non seulement réduit le taux de saillies, mais aussi amélioré les taux de gestation par rapport aux méthodes traditionnelles reposant sur la détection de l’œstrus ou sur des protocoles de synchronisation avec des prostaglandines. Des études récentes ont montré des taux de gestation de 51,4 % (47,4 % à 55,4 %) pour les vaches en première lactation et de 41,4 % (36,4 % à 46,4 %) pour les vaches en deuxième lactation ou plus, en utilisant l’insémination artificielle après la Double Ovsynch, en tenant compte des variations entre les études et les exploitations.

 

Quel que soit le protocole de synchronisation utilisé, les maladies survenant en début de lactation ont été associées à une diminution de la fertilité et à un risque accru de perte de gestation. Les maladies inflammatoires précédant la reproduction peuvent empêcher la fécondation des ovocytes, entraver le développement précoce des embryons et perturber l’environnement utérin, ce qui peut compromettre la fertilité. En outre, ces maladies peuvent indirectement affecter la fertilité en réduisant l’apport en nutriments, en augmentant la dépense énergétique et en provoquant une perte excessive de l’état corporel, détournant ainsi les nutriments de la reproduction. Les études existantes n’ont pas directement examiné les résultats de la gestation chez les vaches soumises à un protocole Double Ovsynch, ce qui laisse planer une incertitude quant à l’impact de la santé des vaches en transition sur les résultats de la fertilité des vaches synchronisées.

 

Notre étude a évalué les facteurs de risque pour les résultats de fertilité, y compris la gestation par reproduction et la perte embryonnaire, chez les vaches Holstein en lactation soumises à un protocole Double Ovsynch pour la première saillie. Un total de 15 041 vaches Holstein en lactation, provenant d’un troupeau commercial, ont été incluses dans l’étude. Toutes les vaches inscrites à l’étude ont été soumises à un protocole Double Ovsynch pour la première saillie. Les événements liés à la santé, tels que la cétose, la rétention placentaire, la métrite, la mammite et le déplacement de la caillette, ont été évalués.

 

L’incidence des maladies a varié de manière significative entre les différents stades de lactation. Chez les vaches en première lactation, la métrite était la maladie la plus répandue (10,7 %), tandis que la mammite (16,6 %) et la cétose (16,6 %) étaient les plus fréquentes chez les vaches en deuxième lactation. La cétose était le trouble le plus courant chez les vaches en troisième lactation ou plus tard (33,2 %). Notre étude a montré une corrélation négative entre certaines maladies telles que la rétention placentaire, la métrite et la mammite avec les résultats de fertilité (Figure 1).

L’étude a également examiné l’association entre les événements de santé des vaches en transition et la perte de gestation. Les maladies utérines sont apparues comme des facteurs significatifs influençant la perte de gestation, tandis que d’autres conditions telles que la mammite, la cétose et la caillette déplacée à gauche n’ont montré aucune association avec la perte de gestation (figure 2). Cependant, leur impact sur la fertilité ne peut pas être négligé, car elles peuvent contribuer à un environnement utérin altéré indirectement, en affectant le développement embryonnaire.

La rétention du placenta et la métrite ont été identifiées comme des facteurs de risque significatifs pour la perte de gestation chez les vaches en première lactation. L’augmentation de la perte de gestation observée dans l’étude est probablement due à leurs effets néfastes sur le développement embryonnaire et la reconnaissance de la gestation par la mère. Des associations similaires ont été observées chez les vaches en deuxième et troisième lactation ou plus, ce qui indique un risque constant associé aux maladies utérines à tous les stades de la lactation. Néanmoins, les résultats soulignent l’importance de la santé des vaches en période de transition comme condition préalable à l’obtention d’une fertilité élevée dans le cadre d’un protocole Double Ovsynch.