Dans un récent article paru dans Journal of Dairy Science (J. Dairy Sci. 109 :3113-3136), des chercheurs Italiens (Leliveld, Manfrè, Brasic, Battini) font le point sur la stratégie qui consiste à laisser le veau avec sa mère en élevage laitier
Face aux attentes croissantes de la société en matière de bien-être animal, les systèmes de contact vache–veau (CVV) suscitent un intérêt grandissant. Contrairement aux pratiques classiques où le veau est séparé de sa mère peu après la naissance, ces systèmes permettent un maintien du lien maternel pendant une période plus ou moins longue. Une récente synthèse scientifique fait le point sur les bénéfices, les limites et les conditions de mise en œuvre de ces pratiques.
Des bénéfices avérés pour les animaux
Les travaux disponibles montrent que le maintien du contact entre la vache et son veau présente plusieurs avantages. Chez le veau, cela se traduit par une meilleure croissance, un développement comportemental plus équilibré et une réduction des signes de stress. Les veaux élevés avec leur mère développent notamment de meilleures capacités sociales et présentent moins de comportements anormaux.
Du côté des vaches, ces systèmes favorisent l’expression des comportements maternels naturels et peuvent contribuer à une meilleure santé, notamment au niveau de la mamelle. Ces éléments répondent directement aux préoccupations sociétales actuelles sur le respect du bien-être animal en élevage.
Des freins encore importants à l’adoption
Malgré ces atouts, la mise en place du contact vache–veau reste marginale dans les élevages laitiers, notamment en Europe et en Amérique du Nord. Plusieurs freins majeurs expliquent cette situation.
Le premier concerne la viabilité économique. De nombreux éleveurs redoutent une baisse du volume de lait commercialisable, liée à la consommation par le veau. Si cette baisse est parfois constatée, certains retours de terrain montrent qu’elle peut être partiellement compensée par une meilleure croissance des veaux et une diminution de certains coûts (alimentation, soins vétérinaires). Toutefois, les données économiques restent encore insuffisantes et méritent d’être approfondies.
Le deuxième frein porte sur l’organisation du travail. La gestion conjointe des vaches et des veaux implique une adaptation des pratiques : conduite du troupeau, organisation de la traite, surveillance des animaux. Néanmoins, les éleveurs ayant expérimenté ces systèmes rapportent souvent une charge de travail comparable, mais différente, avec parfois plus de souplesse et une satisfaction accrue dans leur métier.
Enfin, des interrogations persistent sur le bien-être animal, en particulier concernant le stress au moment de la séparation. Ce point constitue l’un des principaux défis identifiés. Plus la durée de contact est longue, plus la séparation peut être difficile pour la vache et le veau, ce qui nécessite de repenser les modalités de sevrage.
Des idées reçues à relativiser
L’analyse des expériences d’éleveurs montre que certaines craintes ne sont pas toujours confirmées sur le terrain. Par exemple, les veaux ne sont pas nécessairement plus difficiles à manipuler, à condition d’être régulièrement habitués à l’homme. De même, les vaches se révèlent globalement aptes à assurer leur rôle maternel.
Ces éléments soulignent l’importance du partage d’expérience et de la formation, afin de lever les freins liés à un manque d’information.
Quelles pistes pour avancer ?
Plusieurs leviers sont identifiés pour faciliter l’adoption de ces systèmes.
Sur le plan technique, des solutions inspirées d’autres filières d’élevage existent, comme l’allaitement restreint (permettant de concilier présence du veau et production laitière) ou les séparations progressives, qui limitent le stress au sevrage.
Sur le plan économique, il apparaît nécessaire de mieux évaluer les impacts à moyen et long terme, en intégrant l’ensemble des coûts et des bénéfices.
Enfin, l’accompagnement des éleveurs est essentiel. Le développement de références techniques, la formation et les échanges entre pairs constituent des outils clés pour sécuriser les transitions
Vers une évolution des pratiques ?
Les systèmes de contact vache–veau ne représentent pas une solution unique applicable à tous les élevages. Leur mise en œuvre dépend fortement des structures, des objectifs de production et des choix de chaque éleveur.
Néanmoins, dans un contexte de mutation du secteur laitier, ils pourraient constituer une voie d’évolution crédible, à condition de disposer de références solides et de solutions adaptées aux contraintes du terrain.
L’enjeu est désormais de transformer cet intérêt croissant en pratiques viables, conciliant performance économique, conditions de travail et bien-être animal.
